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Lorsqu’on a la
chance de s’évader un peu d’un hiver qui n’en
finit pas et de retrouver un brin de soleil, on a tendance à se
laisser aller. Et puis, il faisait beau à Lattes, Christine (à
l’accueil de la base) était charmante, et le temps passe
si vite…
Le temps de faire les courses, de s’installer dans « Campignol
», Flying Bridge 1020, l’après midi était déjà
bien entamé. Mais nous n’allions pas loin le soir, et il
n’y avait pas d’écluse sur le chemin. Alors…
nous avons pris notre temps, et nous avons largué l’haussière
tranquillement. Nous avons rejoint le Canal du Rhône à Sète,
anciennement (bien) nommé le Canal des étangs.
  Nous
les longeons, ces étangs. Etang du Méjean, Etang de Pérols,
Etang du Grec, Etang de Mauguio… Dans leurs eaux basses, une multitude
de flamands roses arpentent la vase à grandes enjambées
; Sur les rives, les hérons inquiets fouillent les eaux vertes
du canal. Plus loin, des ânes broutent l’herbe rase et se
font des politesses. Un cheval blanc solitaire (Crin-Blanc ?) parcourt
les ajoncs et les bruyères d’une lande déserte. Le
soir tombe doucement, et quelques couples de flamands volent sur fond
de nuages, tendant leur cou immense. Leurs silhouettes bizarres ont quelque
chose d’antédiluvien.
 Devant
l’étrave, l’eau est lisse comme une peau de jeune fille,
et les genêts le long du chemin de halage ajoutent une touche de
jaune à tout ce vert et ce bleu… un peu monotone. Nous arrivons
en vue de la tour de Constance entre chien et loup, et nous amarrons juste
sous les murailles.
Aigues-Mortes,
la nuit, a des allures de ville fantôme. Les pas résonnent
longuement entre les hauts murs blafards de l’enceinte. Le jour,
si animée, la nuit si solitaire. Les cliquetis des armures de l’armée
de Saint-Louis retentissent encore faiblement sous les hautes portes de
pierre. Voilà quelque huit cent cinquante ans de ça, le
roi-saint Louis IX s’embarque à l’age de trente-quatre
ans au bas des remparts avec son ost pour l’Orient. La septième
croisade. On se prend à imaginer les yeux éblouis des filles
de la vieille cité regardant passer le jeune homme et ses compagnons.
Louis est né l’année de la bataille de Bouvines, en
1214, et depuis quelques années, il pense à l’Orient.
Il a acheté très cher les reliques de la passion du Christ,
et a fait construire pour elles la Sainte-chapelle, à Paris. En
cette fin d’été 1248, il part combattre le sultan
d’Egypte…
Nous, en ce début de printemps discret, nous parcourons les rues
quasi-désertes de la cité camarguaise. Les boutiques sont
closes et les touristes endormis ou dans les nombreux restaurants, à
manger une gardianne de taureau ou une rouille de poulpes. Ça et
là, des plumes blanches parsèment les pavés. Les
anges volent bas, dirait-on…
Nous rentrons au chaud dans le bateau. Demain, on profitera du marché
et du soleil pour faire des photos.
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