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 Le
lendemain matin, nous reprenons le canal entre les étangs. Le vent
souffle de la terre, de sombres nuages gris font du rase motte au-dessus
des vagues, et nous avançons avec circonspection. Quelques mouettes
font du sur place en piaillant dans une ambiance de début d’orage,
et une colonie de flamands roses jouent les abonnés absents, le
cou entre les plumes.
Trois gouttes tombent, mais c’est tout. Autant
d’effets spéciaux pour aussi peu de chose, c’est à
vous dégoûter des films catastrophes…
Nous avons laissé
l’abbaye de Maguelonne au milieu de ses vignes, et fendons un courant
brutal vers Frontignan, où un pont ne se lève que trois
fois par jour pour laisser passer les bateaux : nous visons la manœuvre
de 13 heures 30, celle du matin étant décidemment trop tôt,
et la suivante (16 heures) nous retardant pour arriver à Sète.
Nous arrivons
une grosse vingtaine de minutes avant l’heure dite, et nous réalisons
que le fameux pont, en travaux, est en position haute, et que seule une
chaîne rouge et blanche barre le passage. Pas question de louper
la cérémonie, et nous ne nous aventurons que de quelques
dizaines de mètres en ville, sans pratiquement quitter le bateau
de l’œil.
Sans tambour ni trompettes, un ouvrier abaisse la chaîne à
l’heure militaire, et nous franchissons l’obstacle sans coup
férir. Pour nous récompenser de l’exploit, nous nous
octroyons un déjeuner pantagruélique, et c’est le
ventre rebondi que nous repartons vars l’étang de Thau, distant
de quelques kilomètres seulement.
Il faut dire que la région offre aux gastronomes des plaisirs variés
et inoubliables : des huîtres de Bouzigues aux encornets farcis,
en passant par les fruits et légumes du pays du soleil, les petits
pâtés, les charcuteries et les fromages de chèvre,
sans oublier les vins du cru, on dirait que tout est fait exprès
pour vous retenir à table… Celui qui n’a pas goûté
la Zézette de Sète avec un muscat ne connaît pas la
vraie vie du Sud.
 
En quelques tours d’hélice, nous voici
à l’entrée de l’étang de Thau. Face à
nous se profile Sète et sa colline, mais avant, il nous faut longer
les parcs à huîtres, et ça roule un peu. En une petite
vingtaine de minutes, nous pénétrons entre les deux balises
rouge et verte de l’entrée de la ville, et nous amarrons
avant les deux ponts mobiles qui interdisent l’entrée de
la ville aux bateaux de plus de 2,50m de tirant d’eau.
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